#prison-info 1/2019 – Interview de Jean-Marc Knobel

30 juin 2019

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Une rencontre avec l’agresseur permet, paradoxalement, de se libérer de lui

Interview de Jean-Marc Knobel, vice-président de l’Association pour la Justice Restaurative en Suisse (AJURES) 

Une infraction pénale abîme l’être humain et laisse des traces. La justice restaurative tend à compléter la justice traditionnelle en incluant, de facto, la notion de restauration des personnes affectées dans leur humanité à la suite du crime subi ou commis. L’Association pour la Justice Restaurative en Suisse (AJURES) estime que le système judiciaire suisse ne tient pas assez compte de cet aspect-là. C’est pourquoi elle vise à promouvoir et mettre en œuvre la justice restaurative en Suisse, explique Jean-Marc Knobel, vice-président de l’AJURES. 

#prison-info : Quels projets sont actuellement me- nés par l’AJURES ?

Jean-Marc Knobel : Nous travaillons actuellement sur deux plans. Le premier consiste à favoriser l’émergence de la notion de justice restaurative dans le code pénal, notamment dans la prochaine révision du code de procédure pénal fédéral. En parallèle, nous avons approché l’ensemble des autorités pénitentiaires de Suisse romande pour la mise en place d’un projet pilote qui consiste à offrir la possibilité à chaque détenu actuellement incarcéré, s’il le souhaite, d’effectuer une démarche de « réparation » envers sa ou ses victimes.

Quel est votre protocole d’intervention ?

Nous travaillons de concert avec l’équipe de travail- leurs sociaux de l’établissement pénitentiaire. Ce sont ces professionnels directement en lien avec les détenus qui effectuent un premier choix de personnes potentiellement intéressées. En cas d’intérêt confirmé par le détenu et avec l’approbation du service médical, nous rencontrons l’auteur de l’infraction. Les médiateurs sont des professionnels qui ont de l’expérience et sont reconnus par la Fédération suisse des associations de la médiation (FSM).

Nous évaluons la demande du détenu au travers du prisme « attentes et besoins » et l’informons de notre démarche et de la possibilité pour la victime de ne pas vouloir entrer dans la démarche. Nous contactons ensuite la victime, par le biais de son avocat, en lui demandant d’évaluer si elle voit un intérêt personnel à démarrer le processus.

A ce jour, des rencontres entre détenus et victimes se sont-elles déjà concrétisées en Romandie ?

Notre projet pilote principal actuel a lieu dans le canton de Genève. Pour le moment, et après avoir traité plus d’une dizaine de demandes de détenus, un seul contact épistolaire a finalisé une démarche entre un auteur et sa victime. Dans le cadre de l’AJURES, nous n’avons pas encore eu de rencontre directe entre un auteur et sa victime ou ses victimes. L’explication tient au fait que notre approche ne se fait aujourd’hui qu’au travers de propositions venant de détenus et en nombre très restreint. Les victimes contactées sont surprises de la démarche et n’y ont pas encore trouvé d’intérêt personnel. Par contre, je suis au courant que plusieurs médiations « carcérales » ont eu lieu, notamment l’an dernier dans le cadre de la prison de Gorgier.

Article complet disponible ici.